mardi, octobre 25

Un génie très discret

Si on vous demande de citer le nom d’une figure emblématique d’Apple, vous répondrez à coup sûr « Steve Jobs ». Peut-être que certains d’entre vous risqueront un petit « Wozniak ». Ce qui est certain c’est que vous ne répondrez pas «Stephen Capps ».

Et pourtant.

Steve Jobs est certainement l’homme le plus médiatique d’Apple (seul quelqu’un ayant vécu en ermite ces dix dernières années ne saurait reconnaître ce fait) et a eu une action prépondérante dans les orientations de développement de celle-ci. Mais, car il y a un mais, si Jobs est l’instigateur des grandes idées, ceux qui les réalisent en pratique restent dans l’ombre de la Pomme.

Stephen Capps, donc, est l’un de ces hommes de l’ombre. Cerveau génial et plein de pépins, il est l’ingénieur d’Apple dont le nom apparaît sur le plus grand nombre de demandes de brevet. Ce brave inconnu du grand publique figure sur pas moins de 53 brevets accordés dont 47 pour Apple (aux USA) !

Faisant partie des anciens d’Apple (débauché de chez Xerox), il travailla d’abord sur le Lisa puis passa au team Mac. Il co-écrit le Finder initial avec Bruce Horn puis quitte Apple en 1985 pour fonder sa propre compagnie de création de software, dédiée au domaine musical. Il revient chez la Pomme en 1987 où fut un des principaux architectes du Newton, l’un des premier PDA du marché (en 1993) et un flop notoire. 3 ans après il quitte Apple pour… Microsoft. Il finit par quitter aussi Microsoft, avouant dans une interview publiée en 2003 que le principal problème à Redmont est que la mise sur le marché des produits est une question de deadline et non de finition (hum, brillant comme réflexion). Désormais, Stephen Capps travaille dans sa nouvelle société Onedoto (prononcer « 1.0 ») et se permet quelques critiques acerbes sur OSX (« un peu ennuyeux », à son avis).

Voilà pour le parcours général. Le détail maintenant.

Le premier brevet accordé à Apple sur lequel figure le nom de Capps se trouve être directement lié au Newton puisqu’il s’agit d’une méthode permettant de manipuler des objets sur un écran (rotation, agrandissement, …). La demande a été remplie en 1992 et le brevet accordé le 6 septembre 1994 (US 5345543)


Voilà une image qui doit être familière à pas mal d’utilisateurs de PDA…



On trouve ensuite un correcteur de mots (US 5367453, déposé en 1993 et accordé en 1994), une série de brevets liés à l’usage d’un stilet comme outil de manipulation de l’interface d’un PDA (US5390281, US5398310 , US5404442, US5446882, …) et tout un tas d’inventions liées aux agendas électroniques (liste complète ici).

Mais là où Stephen Capps a rendu service à chacun de nous (je suis sûr que vous aussi), c’est en inventant le concept de highlight de texte en vue de sa manipulation (Cut, copy, past, …US 5442742, demande 1993, accordé en 1995).

Quand on vous dit que ce type est un génie… Pensez donc à lui lors de votre prochain Pomme-C / Pomme-V…

mercredi, octobre 19

Plus fort que la télécommande pour iPod : l’iPod-télécommande

Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas d’un brevet d’Apple dont je vais vous parler. La demande US 6931231, portant le titre « Infrared generator from audio signal source » appartient à la société Griffin Technologies, grande fournisseuse d’accessoires pour iPod (oui, vous savez, ceux qui m’ont mis la honte avec leur support porte-gobelet…). Et bien figurez-vous que cette demande de brevet, déposée en 2002 et publiée le 16.08.2005, se trouve être en résonance avec l’actualité d’Apple. En effet, à l’heure où Apple présente une télécommande pour iPod / iMac, Griffin invente un adaptateur infrarouge capable de transformer n’importe quelle source audio en télécommande (sans entrer dans les détails, l'adaptateur utilise la différences entre le signal audio de gauche et celui de droite pour générer différents signaux de commande infrarouge).

Griffin… accessoires pour iPod… adaptateur infrarouge pour source audio… Vous y êtes ?

Et oui, nous avons là la capacité de transformer un iPod en télécommande. Avouez que c’est amusant, Apple sort une télécommande en forme d’iPod Shuffle et quasi au même moment une demande de brevet permettant d’utiliser un vrai iPod comme télécommande est publiée… bang, comme dirait Steve.

Image tirée de la demande US 6931231

samedi, octobre 15

Apple-Microsoft : La guerre des brevets n’aura pas lieu

Ces derniers temps, les sites dédiés au monde Mac ont passablement parlé de brevets, notamment durant l’épisode de l’interface du iPod (voir : Apple vs John Platt). Mais quelle est la réalité derrière toute cette agitation ? Y a-t-il réellement une guerre des brevets entre Apple et Microsoft ? Depuis quand ? Sur quels sujets ?

Pour trouver un début de réponse, plantons le décor du champ de bataille et enfonçons au passage quelques idées reçues.

Combien de brevets Apple possède-t’il ?

Si l’on se limite au nombre d’inventions brevetées (une seule demande de brevet par invention, sachant qu’une invention peut donner lieu à plusieurs demandes selon les pays dans lesquels on souhaite la protéger) par Apple depuis 1978, la Pomme se trouvait en possession de 1643 brevets (ou demandes) au 31 décembre 2004. Globalement, ceci représente une moyenne de 63 demandes de brevet publiées par année. Ce nombre a nettement progressé dans les années 90, passant de 23 en 1990 à 191 en 1998 (+ 730% en 8 ans !!!). Chose étonnante, le nombre de demandes publiées a ensuite chuté pour se stabiliser autour de 100 au début 2000.


Graphique du nombre de demandes de brevet publiées annuellement par Apple (un seul document par invention, il existe un important décalage temporelle entre le moment où la demande est déposée et celui de sa publication)


Combien de brevets Microsoft possède-t’il ?

Maintenant que la « puissance de feu » d’Apple est connue, qu’en est-il de ceux d’en face ? Du point de vue du nombre total d’inventions brevetées, Microsoft joue clairement dans une autre catégorie. Jugez plutôt : 4944 demandes uniques enregistrées au 31 décembre 2004 (3 fois plus qu’Apple) et un nombre moyen de 380 demandes publiées annuellement. C’est là que réside la principale différence avec Apple. Si ce dernier a connu une phase de croissance suivi d’une récession et finalement d’une stabilisation, Microsoft suit une courbe exponentielle : 482 demandes en 2001, 867 en 2002 (+80%), 992 en 2003, 1671 en 2004 et déjà plus de 1400 cette année.


Comparaison du nombre de demandes uniques publiées annuellement


Finalement, si l’on peut avoir l’impression qu’Apple est ultra-innovante et Microsoft un « vulgaire copieur », la réalité pourrait bien en être très éloignée. Certe, Microsoft s’évertue à copier assez systématiquement ce qui marche chez son concurrent mais il ne s’arrête pas là !

Une lecture plus attentive de la courbe ci-dessus nous permet d’identifier des phases de développement relativement cohérentes avec l’histoire commerciale des deux entreprises :
1978 à 1996 : Apple innove et prend de l’ampleur.
1992 : Microsoft commence à voir ses premières demandes de brevet publiées
1996 : Apple a dix fois plus de nouvelles demandes publiées annuellement que Microsoft. C’est à ce moment-là que sa courbe se casse.
La suite, on la connaît. Microsoft profitant du succès de Windows 95 (un million de copies vendues en 4 jours) prend l’ascendant sur Apple, et se donne les moyens de booster son innovation.

Combien d’actions en justice sont-elles en cours entre Apple et Microsoft à propos de propriété intellectuelle ?

Historiquement, Apple et Microsoft se sont affronté en justice à la sortie de Windows 2.0 (Apple n’ayant pas jugé la version 1.0 comme présentant une menace pour ses propres produits). Microsoft fit traîner le procès suffisamment longtemps pour qu’Apple se retrouve en délicatesse financière et propose un arrangement à l’amiable (1997). L’accord comprenait une prise de participation de Microsoft dans son concurrent (6% du capital d’Apple, soit 150 millions de dollars) et l’obligation de développer IE et Office pour Mac OS jusqu’en 2002. De son côté, Apple abandonnait ses poursuites.

On le voit, Microsoft a eu le temps de rôder sa technique pour échapper à la justice…

Ceci pour le passé. En maintenant,combien de combats sont-ils en cours ?

Pour répondre à cette question, j’ai utilisé une base de données portant le nom de LitAlert. Réservée aux professionnels et accessible au travers de l’interface de Dialog (pour ceux qui connaissent), cette source produite par Thomson Derwent présente les plaintes en justice déposées dans les 94 districts juridiques américains et transmis à l’USPTO (United States Patent and Trademark Office). Les USA étant le pays de la liberté et des avocats, si il existe une guerre entre Apple et Microsoft, l’on doit forcément en trouver trace dans cette base de données.

Et bien la réponse est… aucun ! La guerre du brevet ne fait donc pas rage entre les deux ennemis de toujours. Sans doute que ceux-ci préfèrent des règlements à l’amiable (cross-licencing, entre autres) à l’affrontement frontal.

Étonnant, non ? Et pourtant ces deux-là ne manquent pas de conflits liés à la propriété intellectuelle : La base de données LitAlert signale 39 conflits pour Apple (25 concernent des brevets et 14 des marques) et 477 ( !) pour Microsoft (59 portant sur des brevets et 418 sur des marques dont 391 comme plaignant).

Voilà qui devrait méchamment relativiser les grandes annonces du type « Un brevet Microsoft va détruire l’iPod »… dans la quasi totalité des cas, les entreprises s’arrangent à « l’amiable ». Il reste que lorsque ce n’est pas possible, le vainqueur remporte le jackpot. Un exemple ? Le 23 août dernier, la société Mirva s’est vue contrainte de payer 8 millions de dollars à Yahoo pour violation de son brevet portant sur le système d'enchères sur mots clés et de paiement au clic, utilisé pour afficher des liens sponsorisés sur les pages d'un moteur de recherche.

Qui a dit que les brevets ne payent pas ?

vendredi, octobre 14

Apple verrouille sa marque

La dernière Gazette de l'Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI) concernant les marques internationales a été publiée ces jours. Par curiosité, j'ai ouvert le PDF de 446 pages (tout de même) et j'ai lancé une recherche sur le mot "Apple". Et bien figurez-vous que j'y ai trouvé une demande de la firme de Cupertino visant à protéger sa marque dans une nouvelle branche d'activité (les marques sont déposées par branches et non pour l'ensemble de l'industrie).

Le 12 juillet 2005 Apple a enregistré sa marque pour les activités de développement, d'agrandissement ou d'impression de pellicules photographiques; l'enregistrement électronique ou le transfert vers des supports électroniques d'images photographiques; le développement, le traitement ou l'impression en ligne d'images numériques sur du papier photo.

Simple volonté de ne pas se faire exploiter par des prestataires de services ou stratégie de développement d'un service d'impression maison lié à iPhoto ?

Complément: la protection de la marque Apple porte aussi sur son utilisation dans des ouvrages ou articles en rapport avec la photographie ! La protection est valable jusqu'au 12.07.2015.

samedi, octobre 8

La musique du pommier

Après une semaine de vacances « régressives » (ie : pas de téléphone, pas de chauffage, (presque) pas d’eau chaude et, surtout, pas d’ordinateur… le concept n’est pas breveté) dans le Sud de la France, me voilà de retour derrière mon écran préféré. Ma boîte à emails déborde (et je n’ai pas encore vu celle du boulo…) et parmi tous ces messages, ceux m’alertant des nouveautés brevets d’Apple. Un rapide coup d’œil… ha, tiens, un nouveau design ! Voilà qui est parfait pour reprendre le fil de MacBrains sans avoir à lire des kilomètres de textes rébarbatifs (= un brevet).

Un nouveau design, donc. Et de quoi que ça parle ? De synthétiseur. Ben oui. Issu d’une équipe de designers visiblement allemands, le document US D510380, déposé le 30 avril 2003 et publié le 4 octobre 2005, porte 7 noms, tous situés en Allemagne.

Le design de l’avant du synthétiseur.
C’est plein de trucs et de machins… j’y connais rien en synthétiseurs, moi…

Cette news ne va pas révolutionner le monde d’Apple, mais confirmera, s’il en était encore besoin, l’intérêt que porte la firme de Cupertino à la musique (et principalement à son traitement numérique). Pour terminer, signalons encore que ce design sera valable 14 ans, ce qui laisse un peu de marge pour voir apparaître un synthétiseur à Pomme (non, il ne s’agit en aucun cas de synthétiser des pommes…) sur le marché.