dimanche, août 21

Les ingénieurs d’Apple deviennent-ils mous du pépin ?

On s’est beaucoup ému de l’affaire de la demande de brevet refusée concernant l’interface du iPod. Cette affaire m’a mené à me poser la question suivante : Est-il arrivé souvent à Apple de se voir refuser une demande de brevet ?

Pour essayer d’y voir un peu plus clair, voilà la procédure que j’ai utilisé : J’ai effectué une recherche sur les demandes de brevets mondiaux (PCT) publiées au nom d’Apple pour l’année 2004. Il faut savoir que ce type de demande (effectuée auprès de l’Office Mondial de la Propriété Industrielle, OMPI) donne lieu à un rapport de recherche. Ce document spécifie si une invention est « innovante » (ie: nouvelle et donc pas encore détaillée par quelqu’un d’autre au préalable). Si un examinateur de l’OMPI découvre un document (un brevet ou tout autre document) plus ancien que la date de la demande de brevet, il en indiquera la référence dans le rapport à l’aide d’un X. Un X dans un rapport de recherche signifie qu’une partie de l’invention (ou l’entier de celle-ci) est « antériorisée » par une publication préalable.

Voilà pour la théorie. Intéressons-nous maintenant au résultat de cette petite étude. En 2004, j’ai identifié 19 demandes de brevets au nom d’Apple Computer (sur le site d’espacenet), dont 16 présentent un rapport de recherche. Et bien figurez-vous que sur ces 16 demandes mondiales il n’y en a pas moins de… 13 qui sont signalées avec au moins un X ! Ceci signifie que plus de 80% des idées qui sont sorties des géniaux cerveaux des ingénieurs de la Pomme ayant fait l’objet d’une demande de brevet mondiale n’étaient tout simplement pas nouvelles. Ca laisse rêveur ! Si on pousse le vice plus loin, on peut aller jusqu’à compter le nombre de X dans un rapport de recherche (ie : le nombre de documents publiés avant la demande et qui détails la même invention). Et bien là aussi c’est gratiné :



Et oui, en 2004 Apple a trouvé le moyen de faire une demande de brevet pour une idée qui avait déjà été publiée à 5 reprises auparavant. On peut dès lors se demander si les gens de chez Apple ont déjà entendu le terme « Recherche d’antériorité » ou celui de « Veille technologique »…

A signaler que, toujours en 2004, on trouve une demande antériorisée par un brevet de Microsoft (WO 2004097609, « Méthode et système pour la distribution sécurisée de contenu sur un réseau ») et deux autres par des brevets d’IBM. Steve Jobs pourrait au minimum s’intéresser à ce que font ses principaux concurrents.

Au bord du désespoir, je me suis alors dit que la situation devait s’être améliorée en 2005. Et bien non. Sur les 17 rapports de recherche de l’OMPI déjà publiés en 2005 pour des demandes au nom d’Apple, on en compte 12 qui ont au moins un X (un peu plus de 71%, légère amélioration). Là ou ça devient presque comique, c’est qu’une de ces demandes présente 8 X. Oui, vous avez bien lu, 8 X. Autrement dit une encyclopédie en terme de recherche d’état de l’art.



Je dois avouer que je m’interroge sur les raisons de ce nombre très important de demande « antériorisées » sans y trouver aucune explication évidente. Une demande de brevet requiert des moyens financiers non négligeables, sans parler du temps passé par des ingénieurs à développer quelque chose que quelqu’un d’autre a déjà breveté (ou publié), et ne devrait pas être effectuée sans une vérification préalable.

Pour terminer j’ajouterai encore une précision à cette petite étude : seules les demandes de brevets mondiales ont été étudiées (pour des raisons de simplicité d’accès à leurs rapports de recherche). Il serait nécessaire d’étudier les demande européennes (ayant aussi un rapport publié) et surtout les demande américaines pour se faire une idée réellement précise de la situation. Malheureusement, les rapports de recherche de l’office américain (USPTO) sont plus difficiles d’accès.

Alors les ingénieurs d’Apple, sont-ils mous du pépin ou est-ce la Pomme elle-même qui grignote sur les moyens de recherche documentaire ?

1 commentaire:

Pierre a dit…

Ne serait-ce pas une illustration de la culture de l'entreprise Apple ?
L'équipe de Steve Jobs, qui cherche en permanence, est composée autant d'agents marketing que d'ingénieurs.
Leur cœur de métier est plus souvent rattaché à des innovations d'interface et d' experience utilisateur, au sens anglo-saxon du terme.
Il n'est pas surprenant que l'aspect purement technique soit souvent déjà breveté.
Or, aux Etats-Unis, le brevet est un réflexe immédiat, toutes les entreprises déposent une demande de brevet avant et réfléchissent après : c'est une course.
Il est très difficile de valoriser une innovation d' experience, encore plus face à des juristes, qui par définition ne jurent que par la lettre, et non l'esprit.
Donc, à mon avis, aucun ramollissement de trognon...